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La critique existe, heureusement, et il
est normal de la citer dès lors qu’elle a librement accepté
d’écouter et d’exprimer son sentiment. Ce mot a plus de valeur,
et de réserve, que le mot jugement qui a déjà bien assez de mal
à se sauvegarder dans les lieux où on le rend. |
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….Guérinel est un poète,
un homme de culture et de goût. La noblesse de sa pensée
s’affiche à chaque instant dans ses œuvres, tout comme sa haute
exigence intellectuelle – ce qui rend ce qu’il écrit extrêmement
dense. (Jean Gallois, Petites Affiches, 1998) |
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….l’écriture de Lucien
Guérinel, si elle est dépourvue de toute agressivité, si elle se
place dans la continuité de la tradition, n’en est pas moins
moderne en ce sens qu’elle est au-delà de tout académisme.
(Michel Philippot, Répertoire, 1988) |
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Lucien Guérinel n’a jamais sacrifié sa personnalité exigeante et
solitaire aux courants de la mode. Les techniques vocales
d’aujourd’hui ne lui sont pas étrangères, mais il les met au
service d’une rigueur poétique, d’un lyrisme épuré, d’une
expression où se rencontrent, grâce à un sens inné chez lui des
justes proportions, sobriété et intensité.(Jean Roy, Monde de
la Musique, 1995) |
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….paradoxes d’une nature profondément passionnée, à la fois
impétueuse et amoureuse de l’ordre, ardente et pessimiste. Une
double face sans la moindre duplicité qui anime l’esprit d’une
forme.
Celle d’une musique avant tout écrite, mais qui croit à la
gravité comme à l’envol. A la dignité de sa fonction. Pas
d’éclats tonitruants et aucun message qui la lesterait. La
probité du savoir-faire, son intransigeance dans une facture
souvent complexe qui pour rien au monde n’abaisserait
l’expression, suffiront. Un autre visage de l’engagement.
(Georges Gallician,
Résonance Contemporaine, 2000) |
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« La parole échouée » ne l’est pas pour tout le monde et ce
n’est pas d’une épave de mots qu’il s’agit mais d’une véritable
recherche au niveau du langage. D’autres poèmes viendront avec
peut-être plus de simplicité ; mais l’essentiel déjà nourrit
l’œuvre sans lui retirer sa spontanéité, à l’écoute de la vie :
« l’aube hésite entre l’étoile et l’homme »
« sur la grève un oiseau exécute la nuit »
(Joseph Reis, Europe, Sorbonne, 1970)
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La mise en musique des poèmes d’Eugenio Montale et de
Pierre-Jean Jouve, outre qu’elle révèle chez Guérinel
l’importance déterminante de l’inspiration poétique ou
littéraire, sonne assez comme le travail d’Ohana sur Garcia
Lorca. Le parlé-chanté, ,les mots, à, peine relevés par un
rythme des lignes sans cassure, constituent leurs fonds commun
d’expression.
Mais le travail de Lucien Guérinel se distingue de celui d’Ohana
en ce qu’il use parfois de procédés qui évoquent
l’électroacoustique, comme la boucle ou la superposition,
phénomènes peu courus dans les partitions vocales. L’invention
dans la scansion, quand les voix semblent ramper rapidement,
quand les couches se multiplient brièvement, quand l’harmonie et
les lignes mélodiques se contrarient pour donner une impression
de mouvement inefficace, d’un sur-place vain, voilà ce qui
appartient en propre à cet étrange compositeur. Le travail
instrumental qui s’ajoute aux quatre derniers poèmes de
l’enregistrement semble en comparaison moins fort, moins
déterminant. Mais le tout demeure un belle découverte, austère
et mystique. (Christian Leblé, Libération, 1995) |
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Quelle intensité ! Quel lyrisme sans grandiloquence ! une
véritable épure poétique dans ces chants marmoréens (et tout
particulièrement pour les Poèmes d’Eugenio Montale où les
douze voix a capella témoignent du plus exact équilibre).
( Le Guide du Compact, Editions Marabout, F.L., pour le
CD des Œuvres vocales, Musicatreize, Roland Hayrabedian,
Lyrinx,
CD DE L’ANNEE,
1997) |
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…pas de tremblement de terre, mais un quart d’heure d’une
superbe écriture française bien architecturée, éclairée par une
grande variété de couleurs et de rythmes, pour aboutir au
dépouillement montéverdien du dernier fragment (Jacques
Doucelin, Le Figaro, à propos des Sept fragments d’Archiloque,au
Festival Estival de Paris, 1990) |
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Ces beaux poèmes qui nous plongent dans les « remous noirs »
de la vie s’élèvent jusqu’au feu pur de l’amour et du
langage. Les mots sous nos yeux dansent et tissent la tapisserie
d’un lieu « d’invincible médiation ». Il peut « neiger
du malheur », le poète est arrivé à cet état de
désappropriation qui lui fait clore provisoirement son chemin
(destin) par un texte d’une belle venue où, tel Mallarmé,
Guérinel pourrait écrire que l’univers de son poème c’est moi,
« Moi, projeté absolu ».
« Gravir la mort avec un seul visage
vers une âme bleue qui attendait nos pas
entendre le dernier caillou gémir
contre les parois de notre sang déserté
et délivrer d’un sourire inconnu
la laine du chemin où nous distancerons la mort. »
(Joseph Paul Schneider, sur « La sentence nue »,
Perspectives, du Luxemburger Wort, 1973) |
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….Mouvements lents, couleurs qui paraissent disparaître au
moment même d’être produites, tout mène vers une musique sévère,
sombre, réfléchie et finalement puissante dans sa retenue. […]
…partitions dont même une montée impressionnante vers l’aigu (Strophe
21) ne mène qu’aux cieux en pluie. Mélancoliques s’abstenir.
(Elisabeth Sikora, Diapason, 1988) |
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Le
Trio n°1, de 1991, composé en 5 mouvements, convoque
l’imagination de l’auditeur pour surmonter l’obstacle de la
nature matérielle des mots (ou des sons) en cernant l’idée pure
par un jeu de significations, de couleurs et de sonorités. [ ...
] Cette lecture musicale nous donne l’impression de réaliser un
formidable voyage entre littérature et musique et la sensation
que le temps se fige pour nous faire pénétrer une tout autre
dimension.
Le
Trio n°2, écrit en 2003, forme comme le Trio n°1 une
suite, mais en 9 mouvements où le compositeur essaie de pointer
l’agonie de nos civilisations et les manifestations par
lesquelles elle est perceptible : intolérance, obscurantisme,
diktats en tous genres, etc. Oeuvre dense et poignante inspirée
des événements tragiques du 11 septembre 2001. (Christophe Le
Gall, ResMusica, mai 2009) |
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…Beauté des palpitations orchestrales, beauté poignante des
interventions du chœur omniprésent et que Lucien Guérinel
utilise en grand effectif avec une science à couper le souffle,
et effectifs réduits, voire solistes, pour chanter, psalmodier
ou dire le texte. C’est dans cette alternance de la voix chantée
ou parlée, librement ou avec scansions fixées sur le papier à
musique, que le compositeur nous prend par la main… (Gabriel
Vialle, La Marseillaise, sur Les sept portes,
poème d’Yves Namur, 1998) |
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La
musique de Lucien Guérinel se situe en marge des courants de la
modernité pure (et dure) aussi bien que de tout mouvement
« néo » ou « simili ancien ». Musique expressive, certes,
tonale, quoique d’une tonalité élargie parfois à l’extrême,
audible dès la première écoute, elle est surtout personnelle.
[...] Dans les deux Trios, la structure comprend une suite de
mouvements souvent brefs mais qui développent tous un climat
singulier, en liaison avec les poèmes dans le premier, ou avec
les attentats du 11 septembre dans le second, intitulé Les
nouvelles saisons. Ce genre d’hommage est souvent risqué
mais le compositeur déjoue les pîèges de l’émotion d’actualité
par un discours sobre et concentré, plus soucieux d’agencement
des formes que de la transposition directe de l’émotion.
(Jacques Bonnaure,
Classica,
juin 2009) |
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le troisième mouvement (Trio n°1), lent, fascinant, voire
hypnotisant, illustre exactement son titre – fabuleusement
choisi pour lui : « Clarté de songe ». Les tenues de cordes sont
alors comme d’apocalyptiques évidences venant à l’esprit du
dormeur. On dirait que le compositeur – et dès lors les
interprètes – ne sont jamais meilleurs que dans les mouvements
appesantis, chargés d’un programme subtil, mystérieux,
éventuellement triste. » (Jacques Amblard, Le Monde de la
musique, mars 2009) |
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…d’une insatiable curiosité en direction de la photographie, du
cinéma, de la peinture, de la poésie. Production rare et
hautaine : pièces vocales, quatuors…peu d’orchestre mais tout de
même des musiques de scène et une comédie (sans y changer un
mot : le Molière du Mariage forcé !). Il était nécessaire
que ce créateur hors normes s’exprimât aujourd’hui avec la
hauteur de vue qui est la sienne, sa morale ouverte, ses
distances tant esthétiques que politiques : exemple météorique
d’un solitaire qui ne lâche pas. (Marcel Marnat, pour
Le lac et le bosquet, entretiens, avec Jean Roy, Cig’Art
Edition, 2006) |
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