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Je suis né en 1930, à Grasse, cette petite ville de
l’intérieur d’où l’on voit la mer, et où l’on sent bien qu’elle
distille des essences de parfum. Mais, à deux ans, j’étais déjà de
l’autre côté de la Méditerranée. C’est à Bizerte que j’ai découvert la
musique, avec mes parents puis avec des Russes qui étaient venus s’y
échouer en 1917. Ces Russes qui m’ont laissé la marque de leur dignité
en passant de l’aristocratie à la misère, et celle de leur musique…
Bien
plus tard, Paris, où j’ai passé sept années aussi difficiles
qu’inoubliables, de 1954 à 1960. L’air de Paris est porteur et cette
ville aura été mon printemps. Si je vois, ici ou là, qu’elle a perdu de
ses inflorescences, qu’on y décèle même de surprenants affaissements, il
faut bien reconnaître que tout est relatif… Une rumeur de ville que
rien, malgré des assauts répétés, n’a encore pu réduire au silence : cet
appel à veiller, ce pouvoir de surprendre nos abandons. Paris est un chant de vie.
En tout cas, les hommes que j’y ai rencontrés m’ont enrichi. De cette
richesse qui vous laisse sans fortune mais qu’on entend bien ne pas se
laisser arracher. André Jouve, Louis Saguer, sont de ceux-là,
révélateurs dont j’espère avoir retenu quelque chose.
Je
raconte, un peu, pour faire CV quand même. Mais je ne le jalonne de
rien : ni médailles ni titres. Un « second prix » toutefois pour mon 2d
Quatuor à cordes, à Paris, au « Concours pour le Quatuor à cordes » de
la Fondation Philip Morris en 1983 et deux fois « finaliste » d’un autre
concours pour le piano, « Les rendez-vous du piano en Creuse » dont le
président de jury était Gilbert Amy, en 1990 et 1994.
Il est
vrai que j’ai exercé, hors de la composition, une profession qui a eu
l’avantage de me faire vivre. mais dont j’ai pris soin qu’elle ne
déséquilibre pas trop mon temps personnel.
Il est
vrai que j’ai vécu plus de cinquante ans à Marseille, pour aller ensuite
dans la campagne bourguignonne, pas précisément dans l’axe d’un pays.
Mais je me demande toujours si ce sont là des explications à tout.
Ecrire de la musique – j’ai eu le temps d’y réfléchir –
est sans doute mon acte de résistance dans la vie. Une sorte de
témérité, une folie si l’on veut. Mais n’est-ce pas l’endroit inattendu
– cette folie – où l’on a une petite chance d’être entendu ? |